vendredi 23 avril 2010

La révolution culturelle racontée aux enfants






Chen Jiang Hong n'écrit pas comme les auteurs pour enfants. Il raconte le malheur sans précaution particulière, ses livres sont une initiation à la ténacité, la créativité, la résilience...

"Mao et moi", récit autobiographique raconte la petite enfance de l'auteur dans la Chine des années 60. Il vit dans un appartement minuscule avec ses parents, ses grands-parents et ses deux soeurs. La chaleur des liens familiaux sublime la pauvreté. Survient la révolution culturelle et le monde bascule progressivement dans l'horreur.

La sobriété et la retenue de Chen Jiang Hong, son sens du détail et sa capacité à camper les personnages qu'il côtoie, pour certains disparus du jour au lendemain, le saccage de la tendresse et de la beauté, d'une certaine idée de la civilisation, rendent le récit bouleversant...

En savoir plus

En bonus,  ce site de mon amie Anna qui montre une autre Chine, contemporaine, vue par une occidentale...

jeudi 8 avril 2010

Mes trois rencontres avec François Maspero


François Maspero a fait irruption trois fois ans ma vie.

La première, en tant qu'éditeur. Les livres de Maspero étaient plein de promesses révolutionnaires. En les lisant j'espérais découvrir la face cachée de l'histoire des idées.
Je me souviens d'avoir découvert "Aden Arabie" de Paul Nizan. Comme l'auteur, j'avais vingt ans et comme lui j'étais loin de penser que c'est le plus bel âge de la vie.

A trente ans, j'ai découvert Maspero l'auteur à travers un livre enchanteur : "Les passagers du Roissy express". Il m'avait été conseillé par la bibliothécaire de Pantin alors que j'étais venue travailler en banlieue. Depuis, je vis en immersion de l'autre côté du périphérique et comme Maspero, quand il prenait le RER B comme s'il partait en Chine, chaque jour, je voyage....

A 48 ans, troisième rencontre avec François Maspero pour un ouvrage très personnel, "Des saisons au bord de la mer". Cette fois, je découvre les brisures cachées de l'auteur : la perte de ses parents, déportés, de son frère, fusillé, de sa fille dont il ne dit pas (et on le regrette) de quoi elle est morte.

Les bords de mer dont il est question dans ce livre racontent d'abord les mondes de ceux qui les habitaient et qui ne sont plus... Dans la description méticuleuse que Maspero livre de ces paysages, il évoque surtout le passage du temps qui nous dérobe ceux qu'on aime, inexorablement.

Prévert disait qu'on reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en partant, c'est l'histoire de ce bonheur qui s'effrite que raconte Maspero vieillissant, dans une ultime tentative de nous faire connaître ceux qui ont été et qui ne sont plus, ce qui a été et qui n'est plus.



"Longtemps, ce passé n'a vécu en lui que pour féconder l'instant présent et nourrir l'avenir. Maintenant, avec l'âge, il comprend que cet équilibre qui enrichissait sa vie est en train de se rompre. L'avenir raccourcit d'année en année, et chaque année le passé s'alourdit davantage en occupant la place laissée vacante."

(...)
"Et puis, c'est une chose que de garder en lui tant de souvenirs si vivants, et c'en est une autre que de tenter de les attraper au passage, de les apprivoiser, de les prendre au piège des mots, de les dire et de les écrire. les souvenirs défilent en toute liberté, ils volent, ils flottent aussi précis qu'immatériels, ils apparaissent et disparaissent à leur gré, ils sont, comme on dit, libres comme l'air. Apparemment presque palpables, en réalité insaisissables."









François Maspero, "Des saisons au bord de la mer", Seuil, mars 2009.


Belle Ile, été 2008, maison de Sarah Bernhardt.
(Photo L.D.)








Belle Ile, été 2008, maison de Sarah Bernhardt.


(Photo L.D.)



lundi 5 avril 2010

Le plus mauvais groupe du monde

Est-ce un signe ?

Démarrer mon blog par cet ouvrage dédié au "pior banda do mundo", "le plus mauvais groupe du monde", une bande dessinée de Jose Carlos Fernandes,auteur portugais né en 1964, pourrait être le fait du hasard puisque c'est le dernier livre que j'ai lu... Et pourtant...

L'ouvrage est composé de deux parties : "le kiosque de l'utopie" et "le musée national de l'accessoire et de l'insignifiant"... Titres bizarres comme le sont ces 60 histoires qui mettent en scène des antihéros entre deux âges aux visages blêmes et aux noms à consonances germano-latines...

Petit à petit, on entre dans l'univers de l'auteur, un univers plus structuré qu'il n'en a l'air et qui esquisse une vision du monde assez mélancolique comme ces années cinquante revisitées qui servent de décor aux histoires.... Les pages sont sépias de bout en bout et jouent une esthétique de la modernité, devenue aujourd'hui, désuète.

Les personnages sont tous des losers gentils comme Siméon Lichtenstein qui souffre "d'irréalité chronique" et se demande quand celui qui le rêve se réveillera...

Ce livre est un éloge des petits gestes qui meublent notre petite vie et un baume pour ceux qui s'évertuent à trouver du sens ou de l'ordre dans un monde qui "par une inclination particulière", tend au chaos : '"Le triomphe de l'entropie".

"Badin, opiniâtre, philosophe, méticuleux, obsessionnel, interloqué, sceptique, gauche, scrupuleux : quel que soit le caractère de chacun de ces personnages, tous s’efforcent de trouver leur voie dans le dédale de la ville (et de la vie)", explique Kambourakis, éditeur de cet ouvrage.