mercredi 19 mai 2010

La Gauche vue d'en dessous



 "Les Mauges", "pays des usines à la campagne", sont la région d'origine d'Etienne Davodeau qui évoque un pays "fermé, religieux, farouche et sombre" mais aussi " dense et actif", entre Angers et Cholet... "Mauges" d'après certains historiens, viendrait de la contraction de l'expression "mauvaises gens".
C'est dans cette région que les parents d'Etienne ont grandi et se sont rencontrés et c'est l'histoire ce ces gens modestes qu'Etienne a choisi de raconter : une démarche touchante, a priori mal accueillie par les intéressés, qui ont fini par accepter le jeu de l'interview et d'une vie dévoilée.

Davodeau  se met en scène en train de questionner  ses parents pour retracer leur parcours, depuis leur naissance... On assiste  en direct au processus de transmission, transmission d'une histoire familiale sur trois générations mais transmission aussi d'un petit bout d'histoire de France : celle de gens honnêtes, travailleurs, confrontés à des conditions de vie très rudes qui trouvent dans la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne, un moyen de s'émanciper et un marche-pied vers la CFDT au sein de laquelle ils tenteront de défendre leurs droits et porter haut leurs valeurs...

Un livre à mettre entre les mains des petits et des grands pour revisiter un pan de l'histoire de la Gauche, mais la Gauche "vue d'en dessous", à hauteur d'enfant. A travers ce récit, Davodeau donne sa vision du combat de militants de terrain "modérés et intègres", qui à défaut de la foi lui ont transmis leur humanisme... Et la lucidité qui lui permet de décrypter aujourd'hui les enjeux des luttes des Trente Glorieuses et les stratégies moins glorieuses des dirigeants de l'époque.

La chute du livre laisse songeur, puisqu'il se termine sur l'avènement de Mitterrand au pouvoir avec ce petit commentaire doux-amer de l'auteur : "Ce soir-là, ils se sont dit : "Ça y est, le plus dur est derrière nous".


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Et ici l'article que j'aurais voulu écrire...

vendredi 7 mai 2010

Quai de Ouistreham, une leçon de journalisme

Florence Aubenas se met dans la peau d'une femme de ménage et raconte la vie très digne de ces femmes qui se lèvent aux aurores pour gagner parfois deux cents euros par mois. Elle raconte l'exploitation, par quels détours on est payé trois heures quand on en fait cinq (sans compter les transports !) et l'ambition de bien faire malgré tout que peuvent avoir ces personnes rudoyées par leurs employeurs. Elle le raconte avec d'autant plus de conviction qu'elle donne de sa personne et tente d'aller jusqu'au bout de chaque contrat.
Pas de pathos ni de condescendance dans ce récit de l'intérieur mais une vraie empathie... Florence Aubenas raconte la fatigue, le découragement, la peur, l'humiliation mais aussi le rire, la solidarité et la débrouille, l'amitié et pour donner un peu de piquant à l'affaire, un flirt improbable sur le parking du Novotel de Bayeux.
A travers cet essai, l'auteure renoue avec le journalisme en immersion pratiqué par George Orwell et Günter Wallraff et nous réconcilie avec le reportage...


Dimanche trouble

"En quelques planches en noir et blanc, Vincent Vanoli campe une atmosphère, ressuscite des souvenirs d'enfance, des rêves enfouis, ou des anecdotes plus récentes qui mettent en scène des personnages décalés, en équilibre sur le bord de la vie...

"Le côté obscur du dimanche après-midi" est le titre d'un des récits de ce recueil. Dédié à la mère de l'auteur, il montre la faille révélée un dimanche, jour où il n'aurait rien dû se passer et pourtant... Dans la quiétude familiale, "le système de clarté, d'ordre et de tranquillité" est soudain mis à mal par le côté obscur de la mère, insoupçonné jusque là par l'enfant.

Cet épisode fondateur est le fil conducteur de ces récits mélancoliques et drôles à la fois. On y découvre les villes industrieuses de l'est de la France, la beauté formelles des usines, des ponts et des voies de chemin de fer, la végétation foisonnante des jardins, la chaleur des milieux ouvriers...

Champion d'une apparente simplicité dans le ton et les thèmes abordés, Vanoli s'attaque par petites touches successives aux fondements de l'existence : la perte et la quête. Il esquisse à sa façon une recherche d'un monde perdu.

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Extraits
"(...) Au moment où elle m'avait réveillé, je réalisais immédiatement que mon rêve me laissait une impression très forte.
Pas forcément cette fois à cause de son sujet qui se serait avéré impressionnant, mais parce qu'il s'agissait d'un rêve récurrent.
La découverte du fait que je n'avais jamais pris conscience qu'il ait pu exister m'a troublé, effrayé. L'impression sur moi à cet instant fut extraordinaire."

Le Bois de Peupliers, "Le côté obscur du dimanche après-midi", Vincent Vanoli, L'association, 2006.